mercredi 27 septembre 2006

Conte la Cox

DSC_0560Voili, voilou, chose promis, chose due, voici une petite contation de notre périple en VW 1300. Bon désolé pour les fautes d'orthographe et de style, mais c'est en fait la version longue et non relue de ce qui va être publié dans l'Automobile Mag. Ceci quand les constructeurs auront fini leur cirque à Paris.

Pour ce qui est de Spoutnik, notre Cox-Escarabajo renommée par Tonio, elle vient de perdre ce matin quelques dix bons centimètres de long. Pas que les places de stationnement soient chers ici, mais un petit souvenir de mon premier cours de DSC_0576conduite à une amie fort motivée. Le principale c'est que ça roule toujours. Le seul hic étant que le coffre ne s'ouvre plus. Et dans le coffre avant, se trouve le réservoir. Ouiiiiiii... merci m'sieur le poteau. Demain, journée ¨je rallonge ma Cox¨...

Quoiqu'il en soit j'ai maintenant une anecdote bien truculante à raconter, car dans les 5 secondes suivant le choc, sont arrivés les policiers municipaux à qui j'ai essayé de faire croire que je conduisais. Pauvre de nous, ils ne m'ont pas cru devant le Ica11regard interrogateur et ahurri de ma voisine de gauche perdant les pédales. Sont ainsi arrivés nos amis les policiers nationaux avec qui j'ai négocié dur pour mettre la multa à mon nom. Mon amie n'aurait pas pu passé son permis durant un an sinon. Au final, ils m'ont offert de choisir ma contravention. J'ai donc élu défaut de maitrise du véhicule. Mais cela incluait un retrait de permis, alors j'ai changé pour non respect de la voie de droite en argumentant qu'on avait empiété sur la partie IcaArequipa10un peu trop à droite de la chaussée. Au final, on a tellement ri que ça s'est transformé en une participation à l'achat d'un néon pour le couloir du commisariat...

Avant cela, on a eu tout un sketch durant lequel le policier voulait me faire dire que je ne conduisais pas. On lui a proposé de nettoyer le poteau qui nous était rentré dedans ou fait dire que c'était notre droit de nous prendre des poteaux quand il n'y avait personne aux alentours. Et devant sa non volonté de laisser passer la chose, je lui ai dit que mon amie devait profiter de son amende et donc conduire un peu plus. Eh bien imaginez-vous qu'il a accepté et a même pris part à la fin du cours... Moi j'aime ce pays !

Allez ça commence :IcaArequipa10__5_

Présentation :

20 jours de voyage

Plus de 4000 km parcourus en VW Coccinelle 1300

2000 km à plus de 3500 m d’altitude

Point le plus haut atteint 4800 m

Point le plus bas 0 m

Environ 20 pannes

Une dépose du moteur

IcaArequipa10__11_IcaArequipa10__2_J-30 L’objet de nos désirs apparaît sous les atours rondelets d’une Coccinelle 1300 brésilienne de 73. Si elle semble bien pourri, la caisse et le moteur sont en réalité sains. Confiance donc, d’autant que le garagiste vendeur et futurIcaArequipa10__7_ préparateur est l’ami d’un ami. Ce qui n’était encore qu’une boutade la semaine auparavant prend forme.

J-5 Le peintre est démis de ses fonctions, trop de boissons pas assez de débit... Nous finirons la peinture pendant que le sellier réfectionera l’intérieur. Quant au mécanicien, il nous assure que sa partie se fera en deux jours. L’ami de notre ami IcaArequipa10__12_est encore notre ami.

J-1 Finalement notre garagiste nous dépêche son apprenti qui ne peut assumer toutes les tâches. A 21 heures notre mauvaise humeur alerte le patron. Deux heures plus tard, il faut se résoudre à partir sans une révision complète. L’ami de notre amIcaArequipa10__10_i n’est plus notre ami.

Jour J, premières pluies à Lima

Le ciel qui faisait grise mine depuis une semaine décide enfin de cracher ce qu’il retenait en son cœur. Depuis le coffre, le moteur d’essuie glace nous crie son envie ArequipaJuliaca10d’activité. Peine perdue, il est bien grippé et nous résolvons à manœuvrer l’unique balais à la main. Le programme du jour est plus qu’ambitieux. En effet, afin de partager les frais, nous avons convenus avec deux amis en mal de visa de les mener à la frontière. Sacs sur le toit, quatre dans l’habitacle, notre Cox n’a rien a envié à ses congénères surbaissées. Les nombreux dos d’âne du pays devront être négociés prudemment. Heureusement, la carte grise péruvienne IcaArequipa10__13_n’indique pas de poids maximum. Avec quasi 350 kg de charge pour 790 kg à vide, les premiers kilomètres nous font réaliser qu’il faudra vivre au rythme de notre belle verte. Mais au delà de cela, notre accord porte sur une arrivée en quatre jours à la frontière. Ce premier jour doit donc nous mener à ArequipaJuliaca10__6_Arequipa, distante de près de 1000 km. Jalouse de son ami tachymètre désœuvré, la jauge à essence nous fait une petite blague et entraîne l’arrêt de notre belle équipée au milieu du désert. Combustible en place, les choses ne rentre dans l’ordre qu’après un nettoyage minutieux du carburateur et de la pompe à carburant colmatés. ArequipaJuliaca10__4_L’aventure débute…

Nous atteignons finalement la cité blanche avec un jour de retard. Nos amis nous quittent pour un bus plus rapide quand notre belle se fait bichonner l’allumage et la carburation. Nous profitons de notre temps libre pour déambuler dans le centre historique de la ville, classé au patrimoine mondial de l’humanité pour son architecture coloniale. Les maisons faites des pierres blanches du volcan Misti tout proche, valent à l’ancienne patrie d’accueil ArequipaJuliaca10__10_de Flora Tristan son surnom. C’est avec un peu de regret que nous posons finalement nos postérieurs sur les sièges de Skaï et mettons le cap sur la frontière. Le fait est, qu’avec plus de la moitié du parcours à plus de 4 000 mètres, la suite du périple s’annonce fraîche et difficile pour nos organismes balnéaires. C’est ainsi l’occasion de tester les bienfaits de la feuille de coca sous toute ses formes, avant que notre antique dynamo ne mate unArequipaJuliaca10__9_ roulement à 100 km du premier garage achalandé. Après quelques 70 km au ralenti, la raison nous impose de nous arrêter à un poste de police pour passer la nuit dans la voiture. Au matin, les 30 km restant sont parcourus pour tomber en panne de batterie à l’entrée de Juliaca. Alors que nous débutons à pousser notre vaisseau décidément très spécial, la chance nous sourit ArequipaJuliaca10__16_sous la forme d’une famille proposant de charger des batteries. Cette activité, par chance fait partie comme le vendeur constructeur d’échappement et le llantero, qui répare les roues crevées, des petits métiers automobiles très répandus. Le destin nous sourit de nouveau dans la ville, puisque nous y rencontrons un véritable sorcier de la mécanique qui nous règle en un temps record nombre de problèmes. Notre système d’essuie-glace parArequipaJuliaca10__13_ câble installé depuis peu le convainc et nous autorise un rabais bénéfique à nos finances exsangues. Nous quittons ainsi cette inhospitalière ville marché construite de chaque côté d’une voie de chemin de fer. Absolument tout y provient de la contrebande avec la Bolivie voisine. Maisons et rues y sont en perpétuelles construction ou reconstruction afin de ne pas être touchées par les impôts nationaux et les marchés s’étendent régulièrement sur ce qui semble la rue. Camions, tracteurs, voitures, tricycles, mototaxis, porteurs se voient donc obliger d’emprunter régulièrement les rails. Déroutant (dans tous les sens du termes), d’autant que les marchés Titicaca__1_culminent naturellement les jours de passage du train reliant Puno à Cusco. L’adresse du contrebandier d’essence en poche, nous filons vers la frontière, jusqu’à ce qu’un policier ne tente de nous retirer le permis pour avoir grillé un feu que nous chercherons longtemps. Finalement, nous contribuerons aux bonnes œuvres de la police ou à l’entretien de sa maîtresse. Pour la nuit, la place d’une ville fera notre ArequipaJuliaca10__24_affaire jusqu’à ce qu’une bande louche ne nous tourne autour. Démarrage en urgence et resommeil à 15 km en pleine campagne au sommet d’une côte pour éviter toute surprise.

Au matin tout est gelé dans l’habitacle. Par chance, nous avions de bons duvets. Quant à l’essence, lunatique au réveil, elle refuse de se lover dans les membranes du carburateur. Et l’enthousiasme des bougies ne parvient pas même à l’enflammer. Une JuliacaLaPaz__3_heure d’effort plus tard, le moteur accepte enfin de se réveiller et nous voici sur le chemin de le frontière. D’histoires en problèmes, les comptes ne sont pas bien brillants et arrivés au pont autorisant le passage entre le Pérou et la Bolivie, nous devons nous résoudre à l’évidence. Nous ne possédons plus les cent dollars requis pour pouvoir entrer en Bolivie avec notre brésilienne. A la essence_contrebandevérité ce satané policier nous a laissé seulement vingt dollars et huit soles. Autant dire à peine de quoi payer le stationnement sécurisé dans un hôtel, les voyages jusqu’à La Paz et l’hôtel arrivé sur place. Là-bas nos amis du début de voyage nous attendent avec l’argent que nous leur avions prêté quelques jours plus tôt. En attendant nous nous remémorons JuliacaLaPaz__8_les moments exceptionnels que nous avons vécus jusque là. Ces paysages variés, la qualité du ciel et son infinitude certaine à près de 4 500 mètres d’altitude, ce curieux croissant de lune horizontal ou ce levé de soleil inoubliable au dessus du Lac Titicaca. Tout à notre réflexion, nous apprenons avec sérénité que cinq kilomètres à pieds se profilent au détour d’unDSC_0827 blocage de route. Finalement le monde s’avère bien fait, qu’aurions nous fait de la voiture en de pareilles circonstances… L’arrivée à La Paz s’avère un peu plus tardive qu’attendue et la dure réalité prend la forme de 27 soles et 20 Pesos argentins oubliés d’un précédent voyage. Les repas rares depuis quelques jours se profilent encore plus frugaux.

Cusco la maudite

region_cuzcoPunoCuzco__1_Chaque sole nous saluant plus qu’à son tour, décision est prise de mettre le cap sans arrêt sur Cusco. Nous attendent donc une centaine de kilomètre en bus et 550 autres en auto. Sortir comme entrer de La Paz procurent une sensation étrange. Difficile, en effet, de ne pas se sentir oppressé dans ce trou le moins perdu de Bolivie. L’urbanisation gagne les region_cuzco__3_montagnes escarpées, et la pente des rues qui en résulte embête le touriste de passage à plus de 3 200 m d’altitude. Néanmoins, cette courte expérience bolivienne nous aura enseigné que malgré une culture très proche, Péruvien et Bolivien véhiculent une philosophie de la vie bien différente. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les Boliviens, déclarés pourtant region_cuzco__5_plus pauvres par nos illustres organismes de développement, travaillent moins et respire une joie de vivre qui a quitté une population péruvienne habituée à souffrir des errements et des actions criminelles de sa classe dirigeante.

Au volant de notre belle galbée, les saluts sont néanmoins légions sur la route deregion_cuzco__10_ Cusco que nous atteignons après un dur trajet à travers la sierra. Petit choc que d’arrivée dans la capitale (touristique) des Incas, après avoir traversé des étendus où les populations vivent parfois avec moins de 50 soles (12,5 euros) par mois, grâce au système de troc hérité de la période pré-hispanique. En ville, alors que nous abordons une pente bien marquée, region_cuzco__12_nos freins décident brusquement de visiter le centre historique. Nous voici embarqué dans une folle descente qui se termine sur le trottoir entre un poteau nourri à la péruvienne et un taxi. Evénement qui à pour conséquence de rompre le distributeur d’allumage. Chose que nous n’apprendrons que le lendemain en chemin pour les fêtes de Paucartambo…

Trous et bosses

region_cuzco__18_region_cuzco__15_Juillet et Août sont en effet les mois des fêtes religieuses préparant le 15 août. Située au bout d’une route en terre de plus de 70 km, Paucartambo est le siège de l’une des plus fameuses. L’occasion pour nous de découvrir les riches déguisements traditionnels, hérités de la période post-hispanique. Le répertoire de danse se moque des espagnols region_cuzco__19_et voit apparaître des diablotins poursuivant des toreros ou des conquistadors hautains. Petit goût de Catholicisme andins…

Ayant fait le tour du cadran, nous prenons la décision de partir avant les embouteillages. Oui mais voilà, notre pneu avant droite se dégonfle devant les cinq DSC_0370heures de route de terre qui l’attendent. Antonio aidé par la bière locale s’empare de la pompe de vélo achetée par hasard à Cusco et entretient le moral du couard en 15 minutes chrono. Le problème reste l’impossibilité de trouver un llantero ouvert un dimanche de fête. Alors, shadockement, nous pomperons toutes les demi-heures jusqu’à ce qu’un court-CuzcoLima10circuit général nous stoppe définitivement à 25 km, mais surtout 5 km du dernier col pour gagner Cusco. Réparer notre roue relevait déjà de l’exploit, alors imaginez trouver un électricien… Heureusement rien n’est jamais perdu au pays des Lama, et contre 20 soles, un taxi, de retour de ballade dominicale, accepte de nous remorquer jusqu’au sommet du col. S’ensuivent 20 km en roue libre jusque dans le centre de Cusco au milieu de la circulation locale, dépourvue comme notre vaillante de clignotants. Arrivée en ville, un passant CuzcoLima10__4_nous recommande de nous rendre dans un bar où se réunissent les mécaniciens. Quelques conseils plus tard, notre caractérielle nous berce de nouveau au son de son flat 4 et nous mettons le cap sur Lima.

A l’origine nous devions rentrer par des routes de terre, mais après quelques accidents évités de justesse et la perte des freins en plein Cusco, nous prenons laCuzcoLima10__5_ décision de ne pas forcer le destin et de rentrer sagement par la route asphaltée. Car ici de nuit comme de jour, sur des routes qui sont équivalentes à l’A4 en importance, circulent ou stationnent tous types de choses. Du blé séchant, aux nombreux bus roulant à tombeaux ouverts. Il n’est pas rare ainsi de slalomer entre les nids de poules (souvent un nid pour de nombreuse poules), tout en évitant les chiens, les vaches ou les enfants promptes à se mettre sur votre DSC_0865passage, sans compter les fous échappés qui s’entêtent à suivre en pleine nuit la ligne centrale de la route. La pire expérience restant un passage à trois de front sur une deux voies avec un vélo sans lumière apparaissant dans le faisceau des phares (au moins 5 mètres sur une Coccinelle…).

Abancay

Malgré son ignorance notable et assumée de la mécanique, Antonio s’obstine depuis quelques jours à tenter d’infirmer ou de confirmer une observation récente. Non seulement le bruit du 4-cylindre VW se reconnaît entre tous, mais en plus son odeur reste particulière. CuzcoLima10__6_Résultat de ses longues stations au dessus de celui-ci, nos bougies déjà affaiblies par d’incessant changement de température et d’altitude, incubent sa grippe et refusent tout service à chaud. Budget oblige, il faudra faire avec sur les 1000 km restant. Avec un passage à près de 4 800 m d’altitude de nuit, la route de Cusco à Nasca nous laissera des souvenirs incroyables. La largeur et l’amplitude des vallées sont bien inhabituelles pour un habitué des Alpes. Finalement, à cet endroit la cordillère est bien loin des images d’Epinale véhiculées par les films sur l’Aéropostale. CuzcoLima10__7_Quant nous évoquons avec les habitants de la régions la présence de neige dès 800 mètres en France, ils se gaussent et nous croient qu’avec difficulté. En effet, si l’on excepte la partie frontalière Argentino-Chilienne, la neige n’apparaît dans la cordillère qu’à partir de 5 500 – 6000 m d’altitudes, latitude réduite oblige. L’arrivée à la capitale régionale de l’Apurimac, Abancay se fait de jour. L’occasion de découvrir cette ville besogneuse lovée au fond d’une vallée contrôlant étroitement une expansion due à sa position carrefour entre la capitale des Incas Cusco, la capitale DSC_0383du Sentier Lumineux Ayacucho et celle des lignes pré-Incas, Nasca. Quelques heures plus tard, la halte nocturne s’effectue proche d’un restaurant routier. Préparé la nuit dans la voiture est devenu une habitude. Un sur le siège arrière, l’autre devant, levier de vitesse en troisième et frein à main débloqué pour ménager un peu d’espace, corde nouée autour de la voiture pour interdire l’ouverture des portes. Rustique mais efficace comme l’ensemble de cette étonnante Coccinelle à la conception si bien pensée. Difficile de croire que le premier modèle fête cette année ses 70 ans…

CuzcoLima10__11_Nous savons que le lendemain sera un jour stressant, avec la majorité du chemin sur un plateau désertique à plus de 4 200 mètres. Peur de la panne, dans une zone ou la température atteint parfois les –10° la nuit. Cette étape réussi, malgré un incident à la tombée de la nuit dans une ville fantôme où le seul électricien (alcoolique) refusera de se lever pour nous aider, nous filons sur Nasca. Nous alimentons notre connaissance des espèces voisine du Lama. Si les corps se ressemblent, en revanche, le pelage et la laine qui provient des lama, vigogne et alpaga diffèrent notablement. Ces derniers nous saluent alors que nous quittons la partie Andine du pays pour gagner la côté et la panaméricaine qui la longe sur quasiment toute l’Amérique du sud.

Epilogue

La descente du plateau jusqu’au niveau de la mer restera un souvenir inoubliable. Ce sont en effet pas moins de 70 km et un peu plus de 3000 virages que nous parcourrons à vive allure afin de refroidir un moteur capricieux après la perte complète de l’échappement. Le coquin se fera ensuite prier pour redémarrer à chacune des haltes touristico-gastronomiques d’un retour que nous effectuerons fenêtre ouverte pour éviter l’asphyxie par CO.

Aujourd’hui, notre Coccinelle roule toujours même si elle  ne possède toujours pas de clignotants et un fonctionnement des phares hasardeux. En effet, les nids de poule nous font sauter régulièrement les fusibles… Heureusement, Lima reste plus plate que le reste du pays, car lorsque les pentes s’annonçaient trop importantes, mon compagnon de voyage descendait de la voiture pour l’alléger et donner un coup de main souvent salutaire à une mécanique en mal de compression (usure et altitude).

Posté par klimo à 06:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Conte la Cox

Nouveau commentaire